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Préparer sa retraite au-delà du PER : quelle place pour le private equity ?

La loi Industrie verte a renforcé la place des actifs non cotés, dont le private equity, dans l'épargne retraite. Mais leur pertinence patrimoniale ne se limite ni au PER, ni à la seule phase de constitution du capital. Alors que la retraite peut s'étendre sur plusieurs décennies, la véritable question est celle de leur place dans une allocation globale, pensée pour accompagner les différentes étapes de la vie, jusqu'à la transmission.

Le PER, une première porte d'entrée

Préparer sa retraite et gérer son patrimoine une fois retraité relèvent d'une même réflexion : construire une allocation capable d'évoluer dans le temps, sans perdre de vue les différents horizons auxquels elle doit répondre.

Depuis le 24 octobre 2024, la réglementation issue de la loi Industrie verte (loi n° 2023-973 du 23 octobre 2023) prévoit, pour les nouveaux PER concernés et selon les profils de gestion pilotée et l'horizon restant avant la retraite, une part minimale d'investissements en actifs non cotés et assimilés. Cette évolution traduit une reconnaissance de leur place potentielle dans l'épargne de long terme, sous réserve d'une allocation adaptée au profil de risque et aux besoins de liquidité de chaque épargnant. La logique est cohérente : lorsque l'horizon dépasse plusieurs décennies, une fraction du patrimoine peut être investie dans des actifs moins liquides, dont la création de valeur prend du temps. Cette orientation consacre progressivement la place des actifs privés, dont le private equity, dans l'épargne longue et reconnaît leur contribution potentielle au financement des entreprises et à l'économie réelle.

Mais le PER n'est qu'une enveloppe parmi d'autres. Assurance-vie, compte-titres et autres actifs obéissent à des règles différentes de disponibilité, de fiscalité et de transmission. La vraie question est donc la place des actifs privés dans l'allocation globale en actifs non cotés, quelle que soit l'enveloppe qui les accueille.

Avant la retraite : raisonner en flux

Un titre coté peut être ajusté à tout moment. Un fonds non coté fonctionne par cycles pluriannuels : engagement initial, appels de fonds progressifs, création de valeur, distributions. Il faut donc passer d'une logique de stock, faite de souscriptions ponctuelles, à une logique de flux.

Plutôt que de concentrer ses investissements sur un seul millésime, l'épargnant peut construire progressivement son exposition en échelonnant ses engagements dans le temps. Cette approche permet de diversifier les points d'entrée, de faire coexister plusieurs générations de fonds et, à terme, de réinvestir une partie des distributions reçues dans de nouveaux engagements. Inspirée des pratiques des investisseurs institutionnels, cette gestion dynamique des engagements et des flux suppose toutefois une planification rigoureuse, les calendriers d'appels de fonds et de distributions demeurant par nature incertains. La question n'est donc plus uniquement de déterminer combien investir, mais également à quel rythme, selon quels horizons et avec quelle trajectoire prévisionnelle de flux.

À mesure que la retraite approche, la priorité évolue : il ne s'agit plus seulement de construire une exposition de long terme, mais également de s'assurer que les engagements encore en portefeuille restent compatibles avec les besoins futurs de liquidité.

À la retraite : un patrimoine, plusieurs horizons

Le départ à la retraite ne signifie pas la disparition de tout horizon d'investissement de long terme. Un retraité peut avoir besoin de liquidités immédiates pour financer son train de vie, de capitaux disponibles à moyen terme pour accompagner ses projets, mais également disposer d'une fraction de son patrimoine qu'il n'a pas vocation à consommer avant 10 ou 20 ans, voire qu'il souhaite transmettre. Ce n'est donc pas l'âge qui fixe l'horizon de placement, mais la destination de chaque fraction du patrimoine. C'est sur cette dernière poche que les actifs privés, et notamment le private equity, peuvent trouver leur place, à condition que les besoins de liquidité soient couverts par ailleurs.

Toutes les stratégies d'actifs privés ne présentent pas les mêmes caractéristiques. Le capital-investissement primaire (private equity) s'inscrit généralement dans des cycles de création de valeur longs, tandis que certaines stratégies secondaires peuvent offrir des profils de déploiement et de restitution du capital différents. La dette privée et les infrastructures répondent également à des logiques économiques et à des calendriers de flux spécifiques. Cette diversité permet d'envisager des allocations complémentaires, à condition de tenir compte des risques propres à chaque stratégie, de leur liquidité et de la durée effective des investissements.

Pour autant, les distributions de fonds non cotés demeurent incertaines, tant dans leur montant que dans leur calendrier. Elles ne sauraient être assimilées à des revenus réguliers ou garantis. La construction de l'allocation doit donc tenir compte des contraintes de liquidité, du risque de perte en capital et de la possibilité que certains investissements se prolongent au-delà de leur durée initialement envisagée. L'objectif n'est pas de mobiliser les actifs privés pour répondre indistinctement à tous les besoins de la retraite, mais de leur attribuer une fonction précise au sein d'un patrimoine diversifié.

La perspective de transmission peut également justifier le maintien d'une exposition de long terme, au-delà de l'horizon patrimonial du détenteur initial. Cette approche nécessite toutefois d'anticiper les modalités juridiques et fiscales de transmission, mais aussi les contraintes propres aux véhicules non cotés, notamment leur liquidité limitée, y compris dans les fonds evergreen, et les éventuels engagements restant à appeler. Cette vision suppose un pilotage dans la durée : suivi des engagements, anticipation des appels de fonds, analyse des distributions, réévaluation des besoins et ajustement de l'allocation.

En conclusion

La retraite ne constitue pas une échéance unique à laquelle toute stratégie d'investissement devrait s'arrêter. Elle marque une évolution des besoins patrimoniaux, qui appelle une adaptation progressive de l'allocation.

Pour les professionnels de la gestion de patrimoine, l'enjeu consiste donc à dépasser une approche fondée uniquement sur la sélection de produits pour organiser les engagements, anticiper les flux et articuler les différentes stratégies dans le temps. La pertinence des actifs privés ne se mesure pas à l'âge de l'investisseur, mais à leur capacité à répondre à un objectif patrimonial précis, sur un horizon adapté.

Pour aller plus loin, retrouvez notre analyse des perspectives des marchés privés à horizon 2031.

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Une allocation qui évolue avec les étapes de la vie

Étape Enjeu Actions clés
Avant la retraite Construire Diversifier les investissements, échelonner les engagements, préparer les premières restitutions de capital
À l'approche de la retraite Articuler Faire correspondre les investissements encore en portefeuille avec les besoins prévisibles de liquidité et les éventuels nouveaux engagements
Pendant la retraite Préserver Garder la flexibilité nécessaire aux projets de vie, tout en maintenant une exposition de long terme sur la part du patrimoine qui n'a pas vocation à être consommée immédiatement

(Sources : loi n° 2023-973 du 23 octobre 2023 relative à l'industrie verte, article 35 ; arrêté du 1er juillet 2024 modifiant l'arrêté du 7 août 2019 portant application de la réforme de l'épargne retraite, publié au Journal officiel du 5 juillet 2024, en vigueur le 24 octobre 2024 — Hogan Lovells, Actualités législatives et réglementaires, juillet-août 2024 ; AFG, synthèse de la loi relative à l'industrie verte. Synthèse et analyse éditoriale Private Corner.)

Avertissement : document à vocation informative, destiné aux professionnels de la gestion de patrimoine, émis par Private Corner, société de gestion agréée par l'AMF (GP-20000038). Il ne constitue ni un conseil en investissement ni une recommandation de souscription. Les investissements en actifs non cotés comportent notamment des risques de perte en capital, d'illiquidité et de valorisation. Les distributions ne sont ni régulières ni garanties. Les performances passées et les prévisions ne préjugent pas des performances futures.

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