À mesure que les fonds evergreen se multiplient, ils s’appliquent désormais à des stratégies très diverses : private equity, dette privée, multi actifs… parfois sans réelle distinction entre la nature des actifs et leur capacité à s’inscrire durablement dans un fonds ouvert evergreen.
Chez Private Corner, l’approche est volontairement plus sélective. Le fonds evergreen n’est pas envisagé comme une réponse universelle au non coté, mais comme un outil patrimonial, pertinent uniquement lorsque le format est cohérent avec la réalité économique des actifs sous jacents.
C’est précisément la question posée par l’infrastructure : le fonds evergreen est il un simple habillage patrimonial, ou l’aboutissement logique d’une classe d’actifs historiquement conçue pour le temps long ?
Fonds evergreen : une promesse patrimoniale en apparence évidente
Sur le plan théorique, l’association entre infrastructure et fonds evergreen semble presque naturelle.
L’infrastructure constitue depuis longtemps une brique centrale des portefeuilles institutionnels. Elle repose sur des actifs essentiels à l’économie réelle, réseaux, énergie, transport, services collectifs, caractérisés par des flux de trésorerie réguliers, souvent contractuels, une visibilité de long terme et, fréquemment, une indexation à l’inflation.
Ces caractéristiques se retrouvent aussi bien dans les projets brownfield que greenfield, dont les profils de risque et de maturité diffèrent mais s’inscrivent dans une logique patrimoniale de long terme, comme détaillé dans notre analyse dédiée à l’investissement en infrastructures brownfield et greenfield .
Le format evergreen, quant à lui, répond à une attente croissante des investisseurs patrimoniaux : éviter la logique de millésime propre aux fonds fermés, lisser l’effort d’investissement dans le temps, disposer d’une valeur liquidative lisible et permettre une allocation progressive du non coté au sein des portefeuilles.
Pris séparément, l’infrastructure et le fonds evergreen répondent chacun à une problématique bien identifiée. Combinés, ils dessinent une brique patrimoniale stable, continue et potentiellement structurante.
Fonds evergreen : ouvrir le capital ne rend pas les actifs liquides
La multiplication récente des fonds evergreen impose toutefois une lecture plus critique. Rendre un fonds « evergreen » ou « ouvert » ne modifie ni la liquidité intrinsèque des actifs, ni leur mode de création de valeur.
Certaines stratégies non cotées reposent sur des cycles longs, des effets de timing marqués et une performance concentrée à la sortie, une mécanique historiquement associée au private equity .
Appliqué à ces stratégies, le format evergreen peut créer une illusion de continuité, sans adéquation réelle avec la mécanique économique des actifs détenus.
Appliqué à une classe d’actifs illiquide par nature, un fonds evergreen exige donc une ingénierie financière robuste, une discipline d’investissement élevée et une parfaite cohérence entre la promesse faite à l’investisseur et la réalité du portefeuille.
C’est précisément sur ce point que l’infrastructure se distingue.
Pourquoi l’infrastructure se prête naturellement au fonds evergreen
Contrairement à d’autres segments du non coté, la création de valeur en infrastructure repose avant tout sur l’exploitation d’actifs générateurs de flux récurrents et prévisibles.
Dans un fonds evergreen d’infrastructure, la performance se matérialise principalement par l’évolution progressive de la valeur liquidative. Plusieurs moteurs agissent conjointement : les cash flows d’exploitation, la réduction progressive de l’endettement, des revalorisations prudentes des actifs et, le cas échéant, une rotation maîtrisée du portefeuille.
Les flux générés ne sont pas distribués mais réinvestis, permettant une capitalisation continue, un mécanisme pleinement compatible avec la logique evergreen. À mesure que le fonds se développe, la diversification s’accroît, la granularité augmente et la résilience globale du portefeuille se renforce.
Dans cette configuration, le fonds evergreen n’essaie pas de lisser artificiellement une performance cyclique ; il accompagne une logique économique déjà orientée vers la régularité et le temps long.
Le fonds evergreen comme pilier, pas comme substitut
Présenter le fonds evergreen d’infrastructure comme un remplacement des fonds fermés serait une erreur de lecture.
Dans une allocation patrimoniale construite selon une logique cœur / satellite, l’infrastructure evergreen trouve naturellement sa place dans le cœur : une exposition diversifiée, lisible, souvent structurée en fonds de fonds, destinée à stabiliser et organiser la poche non cotée dans la durée.
Elle vient en complément des stratégies plus cycliques ou opportunistes, private equity, secondaire, dette privée, qui continuent de jouer un rôle clé dans la création de performance à long terme, notamment lorsqu’elles sont accessibles via une plateforme d’investissement dédiée .
Le fonds evergreen n’a donc pas vocation à révolutionner l’allocation, mais à en renforcer l’équilibre.
Fonds evergreen : fausse bonne idée ou véritable avancée patrimoniale ?
Comme souvent en non coté, la réponse ne peut être dogmatique.
Oui, le fonds evergreen peut devenir une fausse bonne idée lorsqu’il est appliqué indistinctement, sans considération pour la nature des actifs, ou lorsqu’il est présenté comme une solution universelle à l’illiquidité.
Mais lorsqu’il est adossé à une classe d’actifs intrinsèquement compatible avec la logique de flux, de visibilité et de capitalisation, comme l’infrastructure, le fonds evergreen constitue une évolution cohérente et utile dans la construction des allocations patrimoniales.
En définitive, le sujet n’est pas le format evergreen en lui même. Il réside dans la qualité d’exécution, la discipline d’investissement et la clarté du discours.
C’est là que se joue la différence entre une promesse confortable… et une véritable brique patrimoniale de long terme.